AMEMORIA
Lorsque je pense à l’Italie, je me retrouve rapidement dans la cuisine de ma grand-mère, un lieu avec ses odeurs, ses textures et ses goûts propres, son acoustique et ses matériaux.
Depuis plus de septante ans, ma grand-mère réunit dans cette cuisine sa famille proche et élargie, ainsi que les voisins. De nombreuses décisions y ont été prises. Le monde a changé cent fois tandis que cet espace, lui, est toujours resté le même. Tous les états d’âmes possibles, tous les événements qu’un être humain peut traverser au cours d’une vie ont habité ce lieu.
Amemoria cherche à reconstruire cette cuisine à travers des fragments : des dessins représentant le dos de femmes italiennes immigrées appartenant à quatre générations, des objets qui m’ont été prêtés par la communauté italienne locale, des compositions sonores mêlant des émissions de radio locales des années 1980 et 1990, ainsi qu’une animation dessinée à la main et diffusée sur un téléviseur analogique. Ensemble, ces éléments traduisaient des souvenirs sensoriels en un environnement nécessairement incomplet.
La cuisine devenait à la fois un lieu précis, conservé dans la mémoire, et un dispositif permettant d’interroger la manière dont la mémoire se dépose hors du corps, dans les objets, les sons et les espaces domestiques, ainsi que ce qui advient lorsque ces fragments sont déplacés et reconstruits ailleurs.